Les feux de forêt occupent une large place de l’actualité cet été. Avec plus de 42 000 hectares déjà partis en fumée à la mi-juillet, 2026 est l’une des pires années jamais enregistrées en France : la forêt de Fontainebleau, les Landes et la Gironde, le Var, l’Aude, la Drôme ou encore la Corse ont tous été touchés ces dernières semaines. Ce risque, longtemps associé au seul sud de la France, concerne désormais l’ensemble du territoire.
C’est dans ce contexte qu’un ouvrage auquel j’ai eu la chance de participer a pris tout son sens : la station fixe de ravitaillement pour avions bombardiers d’eau, ou « pélicandrome », de l’aéroport d’Épinal-Mirecourt, sur la commune de Juvaincourt.
Concrètement, un pélicandrome permet aux avions DASH de la Sécurité civile de faire le plein d’eau et de produit retardant en quelques minutes, sans quitter le sol, avant de repartir vers les zones sinistrées. Celui des Vosges est aujourd’hui le site de référence pour toute la zone Est de la France, 18 départements allant de la Lorraine aux frontières allemande, belge, luxembourgeoise et suisse. Le 14 juillet dernier, il a été mobilisé pour la première fois en conditions réelles : trois ravitaillements y ont été effectués pour soutenir les avions engagés contre l’incendie de Fontainebleau, sous le regard du préfet des Vosges, Blaise Gourtay, venu sur place saluer cette première opérationnelle.
J’ai eu la fierté d’être l’architecte co-traitante de ce projet, aux côtés du bureau d’études BE ACT avec qui j’ai beaucoup apprécié travailler sur ce chantier aussi exigeant qu’important. J’ai également eu la chance de rencontrer des pilotes de la Sécurité civile et de participer à l’inauguration de l’ouvrage, aux côtés du SDIS 88 et de la préfecture des Vosges. Ce projet m’a rappelé que le métier d’architecte ne se résume pas à dessiner des bâtiments : c’est aussi contribuer, à son échelle, à des infrastructures qui protègent directement les populations. Un vrai service public.
Mais ce pélicandrome, aussi utile soit-il, reste une réponse curative : il permet de combattre l’incendie une fois qu’il s’est déclaré, pas d’en empêcher la cause. Or les feux de cet été ont été nourris par une sécheresse hors norme, elle-même conséquence directe du réchauffement climatique. Construire des infrastructures d’adaptation, aussi exemplaires soient-elles, ne suffira jamais si nous ne nous attaquons pas aussi aux causes.
C’est là, je crois, l’essentiel à ne pas oublier : le rôle de l’architecte n’est pas seulement de construire les remparts dont nous avons besoin pour nous adapter à un climat qui change. C’est aussi de rappeler que chacun de nos choix du quotidien, notre façon de consommer, de nous chauffer, de nous rafraîchir, de nous déplacer, de nous loger et de travailler pèse directement sur ce réchauffement dont ces incendies ne sont qu’une conséquence. Le pélicandrome de Juvaincourt est une réponse nécessaire à une urgence bien réelle. Il ne remplacera jamais la prévention.